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ESCAPADE AU MALI
Le Mali : une nation, un peuple, une foi.
Voici toute l'équipe en partance pour l'aventure malienne...
Départ à 7 heures.
Le réveil se fait tout en douceur, dans une lumière qui s'intensifie lentement et dans le silence bruyant du matin: concert matinal d'oiseaux aux couleurs chatoyantes
(calaos, perroquets..), chant du coq, braiements éplorés d'un âne...
Nous traversons des paysages lunaires ou paradisiaques et apprécions les multiples qualités du 4x4. Les femmes reviennent déjà de la corvée de bois... Notre périple passe par Sangha, Banani,
Tireli. Notre guide n'est pas avare d'explications et nous suivons docilement son bâton, car tout ne nous est pas autorisé.
Certains endroits sont sacrés (n'est-ce-pas, André, on ne s'assied pas sur n'importe quelle pierre !)
Un peu d'histoire...
Les Tellems (appelés aussi pygmées) étaient les premiers habitants de ces falaises. Ils ont été chassés (par enfumage) par les Dogons (= petit frère), eux même fuyant une
islamisation de leurs territoires du nord (région mandingue).
Ils pratiquaient les sacrifices humains sur une terrasse troglodyte encore visible du pied de la falaise. Puis le chien noir, dont le sang était semblable à celui
des hommes, a servi d'offrande. Actuellement, les habitations troglodytes servent à recevoir les corps des défunts, qui sont hissés à l'aide de cordes.
C'est le Français Marcel GRIAULE qui a étudié le premier le monde dogon, découvert en 1938. Il se lia d'amitié avec le Hogon (chef spirituel)
Ogotemmeli, qui lui livra les mystères de la genèse des Dogons. Ces entretiens ont été réunis dans le livre « Dieu d'eau ».
La porte des Dogons représente la cosmogonie de cette civilisation. Selon le vœu du Hogon, qui choisit un cadeau pour l'avenir
et non pour le présent, Marcel GRIAULE fit construire un grand barrage qui favorisa la culture de l'oignon, richesse marchande du pays.
Chez lez Dogons, la gemelléité est symboliquement porte-bonheur, puisqu'elle fait référence aux jumeaux originels du mythe dogon. Les habitants du village offrent alors de la
nourriture à la famille chanceuse. Le Hogon est
le plus ancien du village. Il en est le chef spirituel. Il ne se lave pas, car il est léché par le Serpent mythique. Il ne vit pas en famille, mais dans
une maison du village, en compagnie d'une jeune vierge de moins de 15 ans qui lui fait la cuisine. Surtout, ne pas bousculer les pierres de son muret!
Lorsqu'il décède, il faut attendre 3 ans avant de choisir son successeur. Lorsqu'un Dogon meurt, on célèbre à nouveau ses
funérailles 3 mois après son décès pour honorer son âme, puis 3 ans après pour la chasser du monde des vivants ( masques funéraires).
Le togouna est le lieu de paroles, réservé aux hommes. Souvent jonché de pierres plates et patinées, on y est au frais.
Orienté d'une certaine façon, il est constitué de 8 piliers, chiffre magique chez lez Dogons (les 4 paires de jumeaux qui donnèrent naissance aux 8 familles dogons) et d'un toit épais
fait de couches de végétaux.
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Y sont débattues les querelles entre habitants, en présence des anciens qui donnent leurs sentences et leurs punitions (devoir donner la quinine = donner un baril de
bière de mil et deux poulets). Malheur à celui qui, dans sa colère, se lève brusquement ! Il est aussitôt ramené à la raison par le plafond bas du togouna et paiera la
quinine ! Chaque homme possède environ 4 femmes. Le grenier de l'homme est plus grand et dispose de 3 portes: une grande pour s'y glisser, deux plus petites pour faire sortir le
grain. Le grenier femelle est plus petit et ne possède qu'une porte. Les femmes n'ont plus accès aux greniers mâles puisqu'elles pouvaient ainsi vérifier si le mari possédait encore de quoi les nourrir.
S'il ne le faisait pas malgré se réserves, elles pouvaient demander le divorce.
Aujourd'hui encore, le sorcier du village utilise les tables de devinations. Chaque rectangle définit une question, sous forme de bâtons et cailloux disposés sur le sol.
Pendant la nuit, le Chacal vient manger les arachides jetées parmi les signes et laisse ainsi ses traces dans le sable. Au matin, le sorcier vient « lire » les réponses en traduisant les
empreintes de pattes. Joli, non?
La place du village est aussi un lieu de cérémonies. Chez les Dogons les hommes sont circoncis et les femmes excisées. La
case des femmes menstruées les abrite pendant leurs cinq jours de règles. Ensuite, elles vont sur la place du village où se trouve la pierre à huile. Elles se frottent le corps d'huile de petit raisin
pour se purifier et peuvent ensuite rejoindre la communauté. Les jeunes filles réglées non mariées peuvent passer leurs cinq jours chez les musulmans où elles vivent alors normalement.
Un petit groupe de femmes nous a invitées, nous les femmes « toubabs, à partager leur repas. Nous n'avons pas osé répondre à leur invitation... Peur du ridicule? Peur de l'inconnu? Et
pourtant ces femmes maliennes, comme tant d'autres, ne sont-elles pas nos sœurs en humanité? Des arbres particuliers entrent dans le quotidien du monde dogon: Le baobab, dont l'écorce, tressée par bandes, est taillée tous les 3 ans pour former des
« marches » facilitant son ascension. Ses fruits sont appelés « pains aux singes ». Le tamarin, dont les gousses servent à parfumer les boissons.
Le Karité, avec lequel on fabrique le beurre en pressant l'amande de son fruit. Le petit raisin, dont l'huile purifie le corps des femmes
après la période de règles.
Dès notre descente du 4x4, des enfants nous sollicitent pour « un bic, un bidon, un bonbon, arzent... ». Certains nous
demandent nos vêtements, nos bijoux. Petits Dogons aux sourires charmeurs ! Ils devraient tous être à l 'école où on leur apprend la langue de Molière. D'ailleurs le guide assène à l'un
d’eux un coup de tige de mil qui les fait tous fuir.
La descente de la falaise se fait par une faille aménagée en escalier plus ou moins dangereux. C'est par-là que les habitants transportent le bois, les sacs de mil...
Nous montons, à l'aide d'une échelle dogon (en forme de Y dont la longue branche est taillée en marches grossières) sur les toits en terrasses. Quel paysage magnifique! Les toits
plats sont couverts de piments rouges, de mil et autres céréales. La vue porte loin sur la plaine, infinie et brumeuse. Au détour d'une ruelle étroite, le guide nous indique la
maison du guérisseur. Denis tient absolument à saluer son confrère et immortaliser la scène. « La Faculté rencontre d'autres facultés ! » dit-il.
Mais il faut savoir aussi que les Dogons circulent parfois en mobylette, ont la radio, l'électricité, donc la télévision, des frigos... des T-shirts à l'effigie de J. Chirac...
Nous quittons enfin le monde des Dogons. Un peu mal à l'aise peut-être d'avoir pénétré aussi intimement leur quotidien,
mais émus d'avoir côtoyé un moment les hommes d'une civilisation riche et en sereine osmose avec la Nature.
« Il souffle comme un vent d'humanité dans cette terre chargée d'histoire... Le pays opère un curieux sortilège, une implacable aimantation. »
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