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Louis

Les Hommes

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Kalifala

Louis Lacaille, fondateur du jumelage

 

Quinze années de partage

     En compagnie de Pierre Michaillard, actuel président du Comité de Jumelage, Zoodo a rencontré Louis Lacaille, l'homme le Burkina Faso est entré dans le Territoire de Belfort.

(Extrait de Zoodo N°2 - janvier 1998)

 

     “Pour moi, ce fut un choc terrible de voir la situation réelle des gens : pas d'écoles, pas de puits ni de centres de vie. Et puis la faim, la soif, la sécheresse... ”

     De son premier contact avec le Burkina Faso, en 1983, Louis Lacaille garde un souvenir très vif, un souvenir qui en dit long également sur le chemin parcouru en quinze ans par le Comité de Jumelage dont il fut l'initiateur et le président jusqu'en 1996.

     Depuis longtemps sensibilisé aux problèmes du tiers-monde, Louis Lacaille a véritablement franchi le cap de l'engagement lors de son départ à la retraite. Ses collègues et amis de l'Alsthom voulaient lui faire un cadeau. “J'ai alors demandé que l'on fasse une collecte dont le produit pourrait servir à quelque chose de concret. Les gens ont très bien compris la chose et ont récolté 18 050 francs. Pour que cet argent soit correctement utilisé, j'ai pris contact avec le Secours Populaire qui avait alors des projets, de reforestation. ” Le premier pas était fait et, encouragés par ses amis, Louis Lacaille décide de poursuivre dans cette voie devenue évidente à ses yeux de l'aide au développement. ”J'ai alors repris contact avec le Secours Populaire en leur demandant s'ils avaient un objectif, un projet à mener. Mais ils voulaient le gérer eux-mêmes et je n'y tenais pas. C'est à ce moment que le curé Jurami de Dassouri m'a envoyé une lettre dans laquelle il demandait du matériel de puisatier. Il fallait trouver 180 000 francs. J'ai décidé alors de mobiliser la population”. Campagnes de presse, visites dans les écoles, les collèges et les lycées... Avec deux personnes, Louis Lacaille remporte son premier pari et trouve les fonds nécessaires.

 

La bataille de l’eau

     En 1983, Louis Lacaille se rend donc à Dassouri. Il y découvre la pauvreté, la malnutrition des bébés, la sécheresse. Sa première bataille, celle de l’eau, s’engage. Très rapidement, une première centaine de puits sont creusés. Débutent alors les travaux de forage. “Nous gardions toujours en point de mire l'aide au développement. Il ne s’agissait pas pour nous d'agir à la place de la population, de faire de la charité” précise Louis Lacaille. Pendant son séjour, il visite plusieurs villages et écoute les habitants, évalue leurs préoccupations et leurs besoins. “C'est ainsi que nous avons dû prendre à bras le corps le problème de la santé. Et dès 1984, nous avons lancé une campagne de vaccination : en 4 jours, 20 000 enfants furent vaccinés, puis ce fut le tour des adultes”. Dès lors, la seconde étape se dessine : bâtir des dispensaires, construire des maternités. Les multiples contacts avec la population permettent également de prendre conscience d'un autre fléau, celui de l'illetrisme. “Les gens nous disaient : si notre pays reste illettré, il restera toujours un pays sous-développé. C'est ainsi que 25 écoles ont été construites” poursuit Louis Lacaille. Et Pierre Michaillard de compléter ces propos : “Aujourd'hui, les burkinabé se rendent compte que cela ne suffit pas. De plus, la scolarité coûte cher aux parents. Il faut pousser à l'enseignement informel. Il est essentiel qu'il y ait plus de formation pour que les jeunes aient un vrai métier dans l'avenir. Nous devons soutenir l'alphabétisation en langues nationales”.

 

"Une très grande générosité"

     Dans le Territoire de Belfort, au milieu des années quatre-vingts, l'action de Louis connaît un grand retentissement. Des clubs Dassouri sont créés dans les écoles, les élèves se mobilisent et la solidarité s'étend. “Je pense par exemple au collège de Rougemont-le-Château, où une à deux campagnes furent organisées, avec des opérations croissants” se réjouit le fondateur du jumelage, fier que plus d'un millier d'articles de presse aient été à ce jour consacrés aux actions en direction du Burkina. Heureux également que les collectivités locales se soient peu à peu engagées de façon plus marquées. “C'est pour cela que j'avais souhaité que des personnalités se rendent sur place”.

     Louis Lacaille estime que pour pousser au développement, il est nécessaire que des liens d’amitié se créent entre les peuples et surtout que ces liens s'enracinent, “ce qui n'est pas toujours facile” convient-il. Et surtout, que la population, sur place, se mobilise. S'il se rend beaucoup moins Burkina Faso ”a l'époque, j'y allais une à deux fois par an” précise-t-il-, Louis Lacaille garde dans son cœur le sens de l'hospitalité, de l'accueil et la très grande tolérance dont font preuve les burkinabé. et se félicite des liens qui se sont créés entre les habitants du Territoire de Belfort et ceux de Tanghin-Dassouri et Komki-lpala. Des liens que son successeur s'emploie à renforcer car “tant qu’on n 'est pas allé sur place, on ne comprend pas vraiment. Et il est difficile d'établir des relations quand on ne se connaît pas”

     Aujourd'hui, Louis Lacaille peut être fier du fruit de ces quinze années d’engagement sans faille. Quinze années placées sous le signe de la solidarité et du partage, et qui ont sans conteste changé la perception de bien des habitants du Territoire de Belfort dans leur vision du Sud.

 

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Pierre MICHAILLARD

le franco-burkinabé

     II fait de la politique sans en avoir l'air et passe indifféremment de la réflexion à l'action. Installé à Ouagadougou depuis 1998, chargé de mission au ministère de l'Administration Territoriale et de la Décentralisation. Pierre Michaillard est le relais incontournable du jumelage au Burkina-Faso et le garant d'un suivi cohérent des actions. Travailleur infatigable. homme de terrain pragmatique, il navigue dans la société burkinabé avec une facilité qui lui doit l'admiration amusée de ses interlocuteurs, du villageois au ministre. Ancien vétérinaire, facilement réformateur et très près d'une vision humaniste de la coopération, ce Belfortain a un franc-parler efficace. Il détecte les talents et a développé une "zen attitude" souvent utile. Président du Comité de jumelage de 1995 à 1998. il est désormais "Président d'archives".

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Denis PIOTTE

le « marieur »

 

     Quand Denis Piotte a pris la succession de Pierre Michaillard en 1998, il a entamé une grande campagne de sensibilisation aux problématiques de développement et à la pauvreté auprès des scolaires et des municipalités. On l'a ainsi vu sillonner, dynamique et guilleret, les conseils municipaux de nombreuses communes de l'Aire urbaine, pour les convaincre de rejoindre le Comité de jumelage. Objectif de ce raid : trouver un jumelage à chacune des 43 communes des zones de Tanghin-Dassouri et Komki-lpala. Denis Piotte a été persuasif. Il a réussi à mobiliser plus de 30 communes du Nord Franche-Comté. Médecin. Denis Piotte a également porté son attention sur les problèmes de santé et accompagné les projets de nombreux étudiants du Territoire de Belfort en matière de prévention et d'hygiène. Très engagé dans le monde associatif, Denis Piotte était à bonne école avant d'intégrer le Comité de jumelage : il était adjoint au maire de Valdoie.

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Kalifala Doro

le “coordinateur local”

      ”Mon patron a changé, ma casquette aussi, mais c'est le même individu que vous voyez ” rigole Doro Kalifala, la personne 'ressource' du Comité de jumelage, recruté le 1er janvier 2003 pour assurer la jonction entre l'ancien PDL (plan de développement local) et les nouveaux projets. C'est aussi ce qu'il dit quand il s'adresse aux villageois. Ancien salarié de l'AFVP (Association française des volontaires du progrès), il a suivi les projets du jumelage ces trois dernières années. De fait, il connaît parfaitement la zone d'action, les actions menées comme les difficultés. C'est à ce titre qu'il a été choisi par le Comité de jumelage comme interlocuteur privilégié. Chargé de l'appui aux comités de gestion dont il suit chaque action ponctuelle, cet ancien agronome s'occupait tout particulièrement des projets environnementaux et agricoles.

     Désormais, son champ d'action s'étend à tout type de projets. Il gère également les situations de conflit rencontrées par les comités de gestion. “J'aplanis les dysfonctionnements et remédie au manque d'organisation au sein des structures paysannes, qu'il s'agisse de gestion ou d'entretien”. Il effectue également de mini-diagnostics, à la demande des Belfortains du Comité de jumelage.

     M Doro a un autre atout incontestable : il connaît tout le monde et est parfaitement identifié par la population. Sa principale difficulté vient de l'étendue de la zone à couvrir. “Du temps de l'AFVP, nous étions 8 salariés. Je suis seul désormais, à mi-temps. J'assure en parallèle une activité de consultant pour un bureau d'études de gestion des terroirs. Mais pour les gens, c 'est comme si rien n 'avait changé. “

     M Doro agit dans un contexte de transition. Depuis la fin du PDL, certains villageois se sentent 'égarés'. Il faut leur expliquer que les anciens comités de décision oeuvrent désormais dans le cadre des CVGT (Commission villageoise de gestion du terroir) où l'on retrouve les membres les plus dynamiques impliqués dans la décentralisation. “Ce sont de nouveaux outils. Il faut qu'ils apprennent à s'en servir”. Globalement, le nombre de projets a chuté mais l'activité est très irrégulière. “Les deux plus belles réussites actuelles, c'est l'implantation le 1er mars d'un moulin pour les femmes de Ouaensoua, ainsi que la gestion de la mare de Bazoulé”. 52 visiteurs par semaine en moyenne à raison de 1 000 F CFA par entrée. A Ouaensoua, une quarantaine de ménagères qui jusque là écrasait le grain manuellement ou se rendait en vélo à Bazoulé profite désormais de cet équipement de proximité géré par huit femmes.

     Exemple d'une mission : les élèves démunis du secondaire

     “Jean-Marie Michoulier de Beaucourt m'a téléphoné : il veut un avant-projet d'appui aux établissements scolaires secondaires”. M Doro s'adresse à l'économe du collège deKomki-lpala et du lycée de Tanghin-Dassouri et exploite les chiffres de l'administration pour évaluer le nombre d'élèves nécessiteux. L'aide sera conditionnée : les élèves doivent avoir de bons résultats

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Réalisation Gilles Vaufrey © 2005